les statistiques raisonnables !

Publié le par Mouedden

JDM avril 2009 : Les statistiques raisonnables !

 

Certains ont été surpris par les résultats du sondage réalisé par le Centre pour l’égalité des Chances (1) pour mesurer la tolérance des belges à l’égard des minorités ethniques. On peux y lire que 60% de personnes estiment par exemple que dans certaines conditions, des réactions racistes pourraient se justifier.

La communauté marocaine semble la plus visée avec en seconde position, les européens de l’est (l’effet Jo Van Hoolsbeeck ?) et ensuite les turcs. Plus surprenant, 33% des sondés pensent que certaines « races » sont plus douées que d’autres. Le concept de la « pyramide raciale » semble toujours d’actualité. Pour s’en convaincre, il suffit de lire la prose douteuse de l’échevin MR d’Ixelles, Yves de Jonghe d’Ardoye. Son courriel sous-entendait que les musulmans étaient inférieurs aux juifs. Il suffirait juste d’après lui, de compter les nobélisés juifs beaucoup plus important.

Une lueur d’espoir ? Le sondage publié le 21 mars atteste que les personnes en contact avec les minorités ethniques sont plus ouvertes…

Pendant ce temps, les discriminations multiples à l’égard des minorités (embauche, l’enseignement, logement, emploi, loisirs) ne diminuent pas, que du contraire. 

Pour avoir une photographie précise sur les discriminations, quoi de mieux qu’un outil de mesure efficace. Ainsi, les statistiques « ethniques » semblent nécessaires.  Les populations touchées subissent, un triple désavantage lié aux facteurs sociaux/ethniques/religieux. Comment dès lors, mettre une politique courageuse sans mesure/statistique ? Comment vouloir lutter efficacement contre les discriminations sans prendre en considération les spécificités culturels : à savoir l’origine ethnique, la religion, la couleur de la peau. Fatima ou Lumumba, sont exclus parce que d’origines nord-africaine ou congolaise et/ou de religion musulmane ou black. L’identité sociale n’est pas la plus pénalisante. 

En France, le commissaire à la diversité du président français, Yazid Sebag  propose « un dispositif de mesure de la diversité » (2) avec  notamment, les statistiques ethniques. Le PS les jugent dangereuses et anti-républicaine, puisque nous serions tous issu d’une même communauté... Idem pour « Ni putes ni soumises », estimant que le commissaire « est un cheval de Troie pour les communautaristes » (sic !). En outre, Fadela Amara, ex présidente de « NPNS », et socialiste du gouvernement Sarkozy, ajoute : «Les statistiques ethniques, la discrimination positive, les quotas sont une caricature…Plus personne ne doit porter l’étoile jaune» ! (3) Il y a des comparaisons indignes. Plus judicieuse, la réalisatrice française, Yamina Benguigui, dans le journal le « Monde » du 12 mars, estime que les statistiques ethniques, on les utilise depuis des décennies sans les nommer. Elles sont appliquées, consciemment ou inconsciemment, pour reléguer, stigmatiser, exclure en fonction du nom, de la couleur de peau, de l’adresse, au vue et au su de la République. (4) 

Afin de répondre aux disparités abyssales, ne faudrait-il pas également mettre sur pied des « actions positives » ou « discrimination positive », avec une politique de quota à atteindre dans la fonction publique/privé et l’enseignement ?

Il ne s’agit pas de « privilège », mais de répondre à une injustice structurelle afin que tous, partent sur la même ligne de départ.

Cette politique (Affirmative Action) a été mise sur pied lors de la lutte pour les droits civiques des minorités dans les années 60 aux Etats-Unis. Elle reste critiquée et n’a pas résolu le problème de la pauvreté, mais permet l’apparition d’une élite issue des minorités. Barack Obama ou Colin Powel ne sont pas des hasards. 

Le Québec, en plus des discriminations positives, utilise les accommodements raisonnables. (5) Ainsi, un débat organisé dans le cadre de la SACR (6) par l’échevinat de l’intégration sociale de Schaerbeek a permis à deux orateurs belges, Ibrahim Akrouh, étudiant en droit, et Salim Haouach, manager d’une société, d’exposer leurs expériences suite à un voyage d’étude au Québec. Les mesures ont comme objectif dans la jurisprudence de « corriger » des discriminations.

Le chercheur, Pierre-Ansay dans son rapport instructif (7) ajoute : «L’accommodement raisonnable est une obligation de l’état, des personnes et des entreprises privées à modifier dans des cas liés essentiellement à la discrimination indirecte, des normes et des pratiques politiques légitimes et justifiées, qui s’appliquent sans distinction à tous, pour tenir compte des besoins particuliers de certaines minorités (les personnes handicapés, les femmes, les minorités ethniques, les homosexuels… )». En outre, il existe ce qu’on appelle « les ajustements concertés » qui ont une base uniquement citoyenne, et servent à améliorer le « bien vivre ensemble » dans les institutions publiques et autres.

Les accommodements raisonnables peuvent-ils être transposés en Belgique, comme les statistiques ethniques, la politique des discriminations positives avec des quotas ?

Chaque pays à ses particularismes. Le modèle français assimilationniste a échoué car ses principes ont été bafoués par ceux qui prônent l’égalité mais qui poursuivent des politiques restrictives ou l’idéologie est un marqueur identitaire qui flaire bon, la France d’antan. Cependant on constate que le « droit » s’adapte en France outre-mer et s’ajuste à la culture locale. Tandis que le modèle anglo-saxon, jugé à tort « communautariste », semble plus respectueux des minorités. Il accorde par exemple, des emplois au mérite et non comme en France sur une base ethnocentriste. Il suffit pour s’en convaincre d’interviewer les milliers de diplômés français musulmans émigrés à Londres ! Ainsi, privilégier les communautarismes ancestraux en Belgique et reléguer et disqualifier les revendications légitimes des minorités ne fera qu’approfondir plus encore, le fossé entre dominants/dominés et riches/pauvres autochtones/allochtones. Les partis politiques ne doivent pas mettre hors-jeu les minorités et leurs revendications, mais plutôt les discriminations et sa matrice, le racisme ! 

 

Note :

 

1)     http://www.diversite.be/

2)     Essai « Pour une discrimination positive (et vite !), édition broché, 2004

3)     Fadela Amara, Libération, 16.03.09

4)     Colloque organisé par la Mairie de Paris : "Décolonisons les imaginaires. Dépasser nos héritages pour combattre les discriminations raciales"

5)     http://www.accommodements.qc.ca/

6)     SACR : http://www.contreleracisme.be/

7)     www.etopia.be décembre 2008 « Société multiculturelle : l’exemple des            accommodements raisonnables au Québec.

 

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ahmed 18/04/2009 22:22

pas mal...