"Tête de turc" !

Publié le par Mouedden

 

 

Une « tête de turc » stigmatisée pour cause de port du foulard !

P
par Mouedden Mohsin

 

En 1997, la RTBF m’avait invité à participer à un débat sur les « émeutes de Cureghem » au sein d’une émission télé dominicale avec des mandataires politiques.

A l’époque, j’avais offert sur antenne à un politique de droite, un ouvrage qui m’a beaucoup marqué : « tête de turc », du célèbre journaliste d’investigation Allemand, Gunther Wallraff que je vous invite tous à lire. Ce bouquin retrace l’histoire d’un journaliste Allemand qui décidera de se mettre dans la peau d’un ouvrier turc vivant en Allemagne pour comprendre les discriminations et le racisme vécus par les citoyens issus de cette communauté. Ce best seller est riche d’enseignement.

 

Musulmanes, hors la loi ?

 

Depuis une semaine en Belgique, c’est l’effervescence. La candidate CDH, Mahinur Ozdemir semble être devenue la « tête de turc » de certains : du Mouvement Réformateur avec le Président Reynders à la très pro-Israélienne, Frédérique Ries en passant par certains élus de son propre parti, dont un Ministre, refusant de se faire prendre en photo avec elle.

 

La « pestiférée » est d’après les témoignages reçus, une femme courageuse avec des convictions politiques fortes. Il faut ici saluer son courage. Malheureusement, l’ambiguïté presque légendaire de son Parti ne l’aidera sûrement pas. Même si elle siège, nous resterons dans les symboles. Aujourd’hui, il faut dépasser les symboles pour exiger une égalité de traitement sur base juridique. Ce ne sont pas les musulmanes portant le foulard qui sont hors la loi, mais les politiques, les directeurs d’écoles et une partie importante de notre société qui ne respecte nullement la Constitution et la Déclaration des Droits de l’Homme. Plus encore, notre Etat qui n’est pas laïc au sens français du terme (C’est pour cette raison que les intégristes de la laïcité tentent de changer la Constitution en y ajoutant la laïcité politique, voire philosophique), viole la neutralité régissant ce pays fragile. Ainsi, la neutralité, n’est pas l’effacement de la visibilité de l’islam (ou des autres croyances), car cela reviendrait à nier cette présence au sein du pays. La neutralité, c’est une attitude neutre, indépendante à avoir au sein de l’administration et des écoles. Nous sommes loin du compte dans un pays archi politisé. La neutralité a bon dos. 

Enfin, en ce qui concerne l’école, la neutralité ne touche nullement les élèves. C’est aux professeurs et instituteurs a respecter la neutralité. Les politiques le savent pertinemment, mais préfèrent continuer à jouer l’ambiguïté !

 

Les partis politiques démocratiques alliés objectifs de l’extrême droite ?

 

Entre 1997 et 2009, douze années sont passées et la question des discriminations est toujours aussi problématique. La question du foulard cristallise toutes les haines envers les musulmanes. Aujourd’hui, comme hier d’ailleurs, la question du foulard est une question de volonté politique. Point. La volonté n’y est pas, car d’après les caciques des Partis, l’électeur lambda serait trop frileux, islamophobe. La droitisation de nos sociétés avec la montée de l’extrême droite et du populisme inquiète les musulmans et les Partis. Accepter le voile, disent-ils serait une façon de renforcer la montée de l’extrême droite. Consternant comme analyse. Il faut combattre les idées de l’extrême droite et non adopter une position floue qui favorise de toute façon l’exclusion. Le message envoyé à nos concitoyens est clair : « Les musulmans sont bien un problème ». C’est ce type de non politique qui fait le jeu des néo fascistes. Plus consternant encore, sont les tenants d’une laïcité intégriste de la gauche à la droite qui aujourd’hui, plus que l’extrême droite sont dans une posture de confrontation. Tel un aimant, la musulmane portant le foulard semble susciter chez ces nouvelles pionnières de l’épuration « visible des musulmans », une montée de fièvre sans précédent.

Les discriminations plus importantes encore que dans les années 80 démontrent une  évolution négative ou les musulmans semblent avoir remplacé les juifs dans l’inconscient collectif.

 

Des partis politiques apathiques !

 

La consternante affaire du voile du CDH marque un tournant. Ce parti aurait pourtant tout à gagner à soutenir l’égalité des droits et des traitements. Il hésite, fait marche arrière et déçoit avec un « recadrage » qui bafoue la dignité de la personne, en sus d’une explication totalement alambiquée et peu crédible.

Il est dommage de constater également la frilosité du PS, aligné sur une ligne idéologique qui exclut les musulmanes portant le foulard. L’ex Ministre de l’Enseignement, Marie Arena n’hésita pas à avaliser l’exclusion par les écoles, des filles portant le foulard. Mille fois dommage pour le PS censé être auprès des « ouvriers » et qui préfère suivre une ligne idéologique d’anti-calotte à anti-voile !

Enfin, le MR, aujourd’hui trop liberticide, avec des parlementaires sur la ligne conservatrice, droitière et Israélienne, joue la carte de l’exclusion de la visibilité de l’islam. Le président Didier Reynders, pourtant conseillé par M. Tijjini sur les questions « interculturelles », déçoit grandement. Le MR est plus proche des années 80 que du 21ème siècle !

Seul Ecolo, s’en sort mieux avec une volonté réelle (ou électorale ?) de permettre aux belges (ou non) musulmanes de pouvoir choisir librement…et d’ainsi poursuivre leurs études et leurs jobs.

 

Juifs – homosexuels – Musulmans : même droit !

 

Il faudrait pour sortir de cette impasse que les partis politiques adoptent la même attitude que pour les homosexuels, discriminés et honni par la société Occidentale, avant depuis quelques années seulement, d’être respectés. Pour ce faire, il aura fallu aux partis politiques de voter des lois à contre courant des idées de l’époque.  A ce sujet, l’abolition de la peine de mort en France en 1981 par Robert Badinter en est un exemple parfait.  

On le constate, la vox populi, si elle influence considérablement, nos sociétés, ne peux en aucun cas être un prétexte pour garder un statu quo tellement discriminant, ici à l’égard des musulmans.

La question du foulard pose une véritable question à notre société : Est-elle prête à faire une place aux musulmans ? La visibilité des musulmans dérange au plus haut point. Si nous ne prenons garde de soigner cette islamophobie rampante, nous risquons à terme de voir une partie de nos concitoyens, non seulement devenir des têtes de turcs (Ils le sont déjà pour une grande partie d’entre-eux), mais plus grave, en fabriquant un « ennemi » imaginaire, on fait non seulement le jeu de l’extrême droite, des laïcs radicaux, mais aussi des intégristes religieux musulmans, estimant comme les intégristes catholiques, que les cultures et les croyances ne peuvent co-exister pacifiquement, dans cette vieille Europe qui aurait notamment, beaucoup à apprendre des Etats-Unis.

Aux partis politiques, de ne plus reprendre des vieilles théories éculées à l’égard des  femmes et des hommes musulmans de ce pays pour des raisons électoralistes et d’avoir ce courage politique, de dire « Yes, we can ».

Car « adulé » Barack Obama plus pour ce qu’il est, que pour ce qu’il dit, dénote là aussi d’une façon de ne voir en l’autre que le symbole qu’il représente. Soyons plus révolutionnaire en faisant de l’égalité des droits et des traitements, la véritable citoyenneté pour tous. C’est ce défi là, que nos partis politiques devront relever, loin de l’électoralisme et de l’idéologie.  

 

 

 

Publié dans scrutin 7 juin 2009

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Yasmina Ouriaghli 28/05/2009 23:18

Mahinur est une jeune femme pleine de convictions et de valeurs. Elle est entrée au conseil communak et y siège avec son foulard. Elle ne penchera devant RIEN! Ca ne restera pas un symbole, aucun règlement juridique n'interdit le port du foulard au parlement bruxellois. Cessons de mener de fausses pistes, si ensemble nous la soutenons, elle pèsera comme son poids électoral! Je salue sincèrement son courage!

saidi nordine 28/05/2009 02:12

Subject: Extrême Gauche
Date: Wed, 27 May 2009 17:52:48 +0200


A ta demande, Cristina, voilà mon impression de la réunion d'hier à laquelle tu n'as pu assister complètement :

Splendeurs et misères de l’extrême-gauche !
Cet intitulé balzacien s’est imposé à mon esprit hier soir au Garcia Lorca. Ce n’est pas tous les jours en effet que tous les partis de la gauche de gauche partagent la même tribune. C’est un signe encourageant de progrès que de retrouver à la même table Nadine Rosa-Rosso et un représentant du PTB. Mais, dans le même temps, on ne pouvait s’empêcher de regretter que cette rare réunion était aussi la preuve d’une incapacité quasi congénitale de se présenter ensemble devant les électeurs.
Au moins ensemble, à défaut d’être unis...
Car, comme le faisait remarquer Polo Marcus, l’examen des programmes ne peut que confirmer la convergence de leurs axes principaux : anti-impérialisme, anticapitalisme, refus de l’Europe libérale, défense des services publics, nationalisation du secteur financier, solidarité avec les victimes de l’exclusion (économique, sociale, communautaire), rejet de la politique occidentale au Moyen-Orient… Mais, paraît-il - c’est en tout cas Céline Caudron qui l’affirme sans être démentie par personne -, ces organisations ne s’entendent pas sur les « méthodes ». Et si quatre d’entre elles se présentent quand même en cartel, c’est uniquement pour des raisons de mathématique électorale.
Ce qui laisse pantois, c’est précisément que ces « méthodes », sur lesquelles on aimerait moins de discrétion, en arrivent à masquer les buts communs affichés. En somme, solidaires : oui, mais pas entre nous... Un comble !
Il me semble qu’en réalité, la liste qui assume le plus positivement la diversité des thèmes et des « méthodes » est la liste Egalité. C’est avec une grande éloquence que, s’appuyant sur des infographies du journal Le Soir, Nadine nous a démontré que la géographie et la sociologie bruxelloises superposent toutes les exclusions. Et c’est assez naturellement que cette superposition en forme de croissant – excusez mon mauvais esprit - débouche en fin de compte sur une liste « communautariste ».
Ce n’est pas seulement une circonstancielle géographie qui m’inspire ici, c’est bien plus sérieusement le fondement géopolitique qui soutient cette liste*. Ou comment faire entrer dans un débat régional une problématique mondiale. On comprend que le clientélisme transi du PTB ne puisse s’accommoder d’une vision aussi large, tout comme la liste Resist a pu servir de condamnation de son ex-secrétaire générale !
Comme quoi, l’internationalisme n’est pas toujours où l’on croit…**
Ce qu’il faut que les autres organisations comprennent enfin, c’est que le soutien de ce type d’initiative en vue de présenter une véritable liste commune de toute l’extrême-gauche sans état d’âme est le seul moyen de construire un mouvement qui dépasse précisément le communautarisme et débouche sur le combat mondialiste contre tous les impérialismes.



* Ce que tous ses participants – on l’a entendu dans des interventions parfois intempestives – ne semblent pas avoir complètement assimilé.
** Il suffit de lire les priorités du PTB pour constater que la politique internationale est loin de les motiver, c’est le moins qu’on puisse dire.