article Libre Belgique sur le voile

Publié le par Mouedden

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Voile
Les musulmanes, un (en) jeu politique ?


 
Mis en ligne le 30/10/2009


par Mouedden Mohsin
acteur associatif,
chroniqueur au journal du Mardi,

 
Le foulard est un vêtement qui fait partie intégrante des croyances des musulmanes. Pour ceux qui veulent expurger toutes philosophies et religions de l’espace public, c’est un symbole inacceptable.Une opinion de Mouedden Mohsin, chroniqueur au journal du Mardi.

Il ne se passe plus un jour sans que la sempiternelle question du foulard ne soit ressassée et instrumentalisée par les nouveaux idéologues de l’athéisme, soutenus par le Mouvement Réformateur qui a dû faire un calcul politique savamment dosé afin de mettre le feu aux poudres et pousser les autres partis politiques à prendre position.
Ainsi, le parti au lieu de faire son introspection sur son échec patent, a plutôt décidé de rallier le vote populiste et conservateur en adoptant une mesure unilatérale et liberticide.

Il n’a même pas eu la délicatesse, alors qu’il siège au sein du gouvernement fédéral d’attendre la fin des Assises de l’Interculturalité censées d’ici un an rendre un avis (définitif ?) sur la question. Cela démontre une fois de plus, combien certains ne sont nullement dans une démarche constructive. Les musulmans, et en particulier les femmes, maillon faible de la société sont ainsi un enjeu et un terrain de jeu pour des règlements politiques peu dignes.

Cela prouve une volonté de rejeter des lieux de savoir et du travail, non les religieux, mais uniquement les femmes portant le foulard en leur rendant la vie impossible via des décrets et règlements résolument liberticides.

Ce qui dérange au sein de notre société, c’est la visibilité des musulmans et leur présence de plus en plus importante au sein des écoles supérieures et du monde de l’entreprise. Tant qu’ils étaient ouvriers et précarisés, cela ne dérangeait personne et nous pouvions sans l’aide de la loi, les contenir. Aujourd’hui, nous avons besoin d’un nouvel arsenal juridique liberticide afin de les contenir. Il s’agit pour ma part bien d’une attitude qui flirte avec le racisme, car l’autre est amalgamé à l’étrangeté et au danger qu’il est censé représenter par son voile et sa pratique cultuelle. Paradoxale, puisque cette liberté religieuse est précisément sauvegardée par notre Constitution, d’autant plus en ce qui concerne l’enseignement. Les adolescentes et les jeunes femmes musulmanes sont des usagers et non les représentants d’un fonctionnariat. Ainsi, même si nous interprétons la loi de manière très restrictive, jamais l’interdiction des musulmanes voilées ne devrait nous préoccuper.

Pour marquer plus encore les esprits, la tortuosité de la loi, décrets et règlements pondus en catimini ne suffit plus. Ainsi, certains n’hésitent plus à utiliser la vieille méthode qui a déjà fait ses preuves : la peur, une méthode utilisée par Bush pour inviter le monde à choisir son camp et le bon pas celui de "l’axe du mal".

Il faut choisir son camp. Etre contre l’interdiction, c’est déjà vous exposer à la vindicte et au rejet. Adopter une posture nuancée, c’est déjà, en soi, pactiser avec "l’ennemi". La sortie du libéral Destexhe et de Claude Demelenne contre le parti Ecolo en est la preuve. Ils font comme si notre pays était au bord d’une occupation, une cinquième colonne avec des caricatures et des amalgames entre croyants devenus intégristes ou encore des problèmes sociaux que l’on ethnicise et islamise afin de noircir plus encore un tableau déjà fichtrement bien chargé.

Pour une partie de notre pays, le musulman est un "corps totalement étranger" et avec lui, nous pouvons nous permettre d’aller loin dans le mépris, le rejet, la calomnie et les discriminations. Le dossier délirant du "Vif l’Express" d’il y a un an intitulé : "Comment l’islam gangrène l’école" et "Comment l’islam est une menace pour l’école" sont éclairants à ce sujet. Il ne s’agit pas ici d’islamisme ou d’intégrisme, mais d’islam et surtout de musulmans. Les pratiques cultuelles, à savoir prier, jeûner ou consommer des repas halal sont devenues pour beaucoup des gestes "provocateurs" intolérables. En outre, notre société se construit un ennemi comme au temps jadis avec une autre communauté. Justement, une grande partie de cette communauté semble jouer le jeu des incendiaires en surfant sur l’islamophobie.

Bien sûr, le dossier du Proche-Orient mine les relations et provoque parfois des haines réciproques tenaces. Mille fois dommage, car qui mieux que cette communauté aurait pu rappeler à nos concitoyens Belges de souche, combien le rejet, le mépris, l’exclusion et la haine sont des sentiments et des attitudes condamnables, pouvant amener vers l’extrême et le néant. On l’oublie trop souvent, mais cet extrême, la communauté musulmane l’a déjà payé au prix fort avec l’assassinat de Schaerbeek et d’Anvers en 2002 ou encore en 2006 avec l’expédition criminelle et raciste de Hans Van Temsche.

Entendez-vous encore l’extrême droite ? Elle n’a plus besoin de s’exprimer, tellement certains croyants de l’athéisme philosophique, qui sont clairement dans une démarche prosélyte et anti-laïque font leur jeu, via des ouvrages, pamphlets, conférences et émissions télés.
Débat démocratique il doit y avoir, mais avec des règles claires où le respect et l’écoute seraient les dénominateurs communs. Force est de constater que nous sommes loin du compte.
Il s’agira de contrer cette nouvelle fièvre aphteuse avant qu’elle ne contamine toute la population. Pour beaucoup, la question du foulard est un symbole. Non pour les musulmanes qui le portent, car c’est un vêtement qui fait partie intégrante de leurs croyances, mais reste un symbole inacceptable pour ceux qui veulent expurger toutes philosophies et religions de l’espace public.

La liberté de choix, la Convention européenne des droits de l’homme, et notre Constitution nous rappelle combien il a été difficile depuis des siècles d’arriver à un Etat neutre garantissant à chacun la possibilité de vivre sa croyance qu’elle soit religieuse ou non Ne détruisons pas aujourd’hui, l’œuvre de deux siècles pour un morceau de tissu, (là ou justement, il ne pose aucun problème pour les "sœurs catholiques") et une islamophobie désormais reconnue par les différents rapports internationaux.

Parions plutôt sur l’avenir, loin des peurs paralysantes en faisant de nos concitoyens musulmans des êtres avec les mêmes droits Alors qu’ils sont sans cesse écrasés par des doubles devoirs : ceux de respecter la loi, ce qui est la norme dans un état de droit, mais aussi ceux qui vous font clairement sentir que vous êtes "un corps étranger de la nation" : des lois et règlements liberticides qui n’ont comme finalité que de rendre la vie de nos concitoyens plus difficile encore.

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western civilization dissertation 05/01/2010 14:20


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