ce pays devenu réac !

Publié le par Mouedden

Des indépendantistes flamands radicaux brûlent un drapeau belge à Rhode-Saint-Genest, près de Bruxelles, le 7 octobre 2007

 

Ce pays qui est devenu réac !

 

 par Mouedden Mohsin

 

Comment une minorité culturelle et religieuse installée depuis 50 ans et qui est belge depuis 30 ans perçoit-elle son pays ?

J’avais une image d’une Belgique romanesque qui ne se privait pas de faire une petite place au soleil à ses nouveaux migrants…Depuis, les choses ont bien changé.

Je ne reconnais plus mon pays, cette terre fragmentée entre flamands et francophones (et Wallons) qui donne à ce pays, une triste image. Ces querelles linguistiques et institutionnelles interminables, ses affaires de pédophilies et de grand banditisme qui ont fait des tueurs fous du Brabant, la plus mystérieuse faction terroriste de l’histoire contemporaine de l’Europe, encore à ce jour non élucidé… Notre pays c’est le ventre mou de l’Europe, malgré notre état policier (voir Monde Diplomatique), toutes les mafias se sentent comme chez elles.

Mais la Belgique, c’est aussi des joies, des souvenirs et du bonheur…Rappelons-nous ces images de liesse populaire avec le retour des héros du « Mundial Mexico » en 1986. Ce jour-là on se sentait un peu tous belges, loin de nos clivages et de nos communautarismes maladifs…

Le pays, c’est aussi des cultures riches, des accents, des sons inimitables.

Le grand Brel, l’artiste poète qui nous fit rêver, pleurer et chanter. Le pays avait une odeur, celle des bistrots fumants, des escargots de Mieke caricole forcément et de ces cornets de frites à faire damner un saint.

La Belgique, c’était aussi le pays de la BD avant que les « Mangas », ces BD japonisantes ne viennent nous envahir pour le meilleur et surtout pour le pire…Ouvrir une BD, d’Hergé, de Spirou, de Lucky Lucke ou encore de Bob et Bobette, un régal…Notre patrimoine nous semblait solide, nous étions fiers de nos acquis de notre culture, de nos étrangers, et puis patatras… Le surréalisme belge s’est mué en défaitisme, le dynamisme du pays s’est fissuré, notre joie de vivre s’est liquéfiée. L’année 1995 marquera pour ma part, le tournant. Quelque chose s’est cassée lors de cette date fatidique qui nous fit plonger dans l’horreur de Marc Dutroux. Une sinistrose qui failli engendrer une révolte, une révolution qui se tarit et nous continuâmes à vivre médiocrement : les affaires et les magouilles politiques, une Wallonie en crise, une Flandre lassée et des flamingants toujours plus fringants…

Bien sûr, il y a bien quelques sourires, comme le « doudou » à Mons, le carnaval à Binche et …celui d’Alost, les fêtes à Gand ou Liège la rebelle, mais le cœur n’y est plus…le pays a changé, il a été frappé comme par la foudre…

Crise, insécurité, racisme, chômage, suicides, "guerres" communautaires et … stigmatisation d’une communauté jusqu’à l’écoeurement…

Il n’est déjà pas facile d’être francophone dans certaines régions flamandes. Pendant 130 ans il n’a pas été bon être flamand en Belgique. Le flamand était considéré comme un « batard belgo-hollandais », un citoyen sale, voleur et buveur…De quoi pousser certains à collaborer avec Hitler, de quoi faire aujourd’hui encore, jaillir une haine tenace.

Mon pays est unique, il oscille entre le nationalisme flamand le plus réac et parfois l’arrogance francophone la plus détestable, Bruxelles fait figure presque d’exception, ancienne terre flamande aujourd’hui francisé et à majorité francophone… La France comme les francophones belges ont parfois sans le faire exprès cette attitude « impériale » ou la culture de l’autre ne pourrait être qu’inférieur…

La population attend de ses politiques qu’ils prennent en compte les dossiers délicats, tels que l’emploi, l’enseignement, la sécurité social, les soins de santé…sans solution, certaines formations se focalisent sur quelques hectares… pour bomber le torse et se faire les défenseurs d’un communautarisme réactionnaire…

La Belgique ne fait plus rêver personne, notre équipe nationale nous fout la honte et même le traîneur hollandais nous quitte…

Mais qu’en pensent les nouveaux belges ? Ils sont dépassés par ces clivages et ce communautarisme réac. Eux, ils ne trouvent plus de jobs car ils ont une tête pas assez blonde…Il y a comme un désenchantement, une déception qui ne s’explique pas…

Et donc, voici en temps de crises, le retour des populistes, des extrémistes et des réactionnaires qui font de certains belges à leur goût trop basanés, trop musulmans, des ennemis jurés…Qu’il s’intègre ou qu’on les boutent dehors…

La vie n’est pas insupportable, il ne faut pas exagérer, mais elle est devenue lourde, difficile et parfois étouffante.

Comme si la guerre linguistique ne suffisait pas, comme si BHV ne nous compliquait déjà la vie, comme si certains nationalistes ne nous pourrissaient la vie, voici qu’aujourd’hui, ceux qui sont en bas de la pyramide sociale sont montrés du doigt : coupable ! Pas assez belge. Pour ce faire et tirer quelques sourires forcés à ces réactionnaires, il faudrait trinquer avec une Jupiler, dîner au chant des gaulois et des sangliers, renier son passé, insulter sa communauté d’origine et surtout dénoncer, dénoncer et encore dénoncer jusqu’à en vomir…

 

Les nouveaux réactionnaires, ceux de l’athéisme le plus rétrograde mène notre pays vers le chaos, ils ont décidé de nous mener la vie dure. A leurs yeux, nous ne serons jamais belges. Etre belge, serait de renier l’islam.

Etre belge, serait de boire une gueuze. Etre belge, n’est plus une nationalité, une identité, une culture, non être belge est devenu une religion avec ses codes, ses dogmes et son pouvoir inquisiteur…Aimer Brel, raffoler des moules frites, sentir le vent de la mer du Nord, lire du Simenon, contempler les tableaux de nos maîtres du Nord, s’exprimer avec l’accent du chti belge, de Liige ou de « tu sais une fois… » ne suffit pas.

Il faut blanchir, laver, acculturer totalement, montrer patte blanche comme au temps jadis…au café, en boite, pour un job, pour un logement, parfois pour un divertissement…"Macaque, bougnoule, bicot", la tête de « Momo » ou du "Moros" ne passe pas… on préfère les jupes des Leïla, Fatima, Zohra que le voile de Farida, Salma ou Rachida qui dévoile ce racisme acceptable enfoui dans des âmes qui semblent bien sombres…Ainsi, l’assimilation passe par la mini-jupe, mais aussi notre assiette et notre sexualité. Risible et consternant.

 

Notre pays étouffe déjà par ses inepties communautaires entre flamands et francophones, deux peuples qui ne s’apprécient pas tant que ça. Comment voulez-vous dès lors que ces deux peuples acceptent d’autres communautés ? Des minorités dans la minorité ? Nous vivons dans un pays déjà de fait couper en deux et qui irrémédiablement se séparera… du confédéralisme à l'indépendance de la Flandre. A quoi bon continuer à vivre ensemble ? Ou alors, ne pourrions-nous pas bouter ces réacs hors de notre plat pays ? Mais où ? Ils sont "belges", chez eux également ! Comme l'a dit un Ministre belge cette semaine (Laurette Onkelinx), c'est un pays de fou !

Alors à quoi bon se soulever contre les réactionnaires ? Les flamingants ? Les ultra-nationalistes ? Les fascistes ?

Ainsi, devant le chaos institutionnel du pays, le racisme anti-arabe et anti-musulman devient un "épiphénomène". Lorsqu’on constate que des logements sont refusés à des belges francophones en région flamande, on ouvre grands les yeux pour se dire que nous sommes dans la haine la plus stupide.

 

Les nouveaux néo-réacs jubilent, ils sentent que le pays agonise, ils sont entrain de réussir à diviser notre pays, à séparer les communautés, à insidieusement nous présenter comme des ennemis inassimilables…mais s’assimiler à quoi ? Aux flamands, aux Wallons ? Aux germanophones ? Encore heureux que les musulmans soient présent, grâce à eux, il  y a une union de fait entre les différentes communautés contre « les nouveaux belges », c’est déjà ça, les musulmans, que ce soit sur le voile, le niquab ou le hallal préservent ainsi une certaine union… Merci pour eux. Rien que pour cela, ils devraient avoir un peu plus de considération de la part des autorités, mais bon, il ne faut pas trop demander, d'autant plus que ce sera versé comme des "revendications communautaristes".

 

On l’oublie trop souvent, la Belgique à un jour failli être sauvé par des « bougnoules », venu du bled pour contrer les panzers Allemands lors de la seconde guerre mondiale. A quelques kilomètres de Bruxelles, à Gembloux.

Là sont encore enterrés 2000 marocains qui en première ligne opposèrent une farouche résistance contre l’armée la plus puissante d’Europe…On l’oublie, on fait mine de l’oublier mais on tape ferme sur la tête des petits Mouloud.

La Belgique va-t-elle mourir de l’idiotie dangereuse de certains ? Allons-nous, nous séparer tel un couple qui s’entre-déchire pour des vils intérêts ? Allons-nous toujours considérer les belges musulmans comme des êtres criminogènes ?

 

Le pays du surréalisme ne fait plus rire personne, même l’Europe à pitié de nous, pourtant l’espoir existe, l’optimisme doit reprendre son envol, les réactionnaires doivent se faire petit, les nationalistes doivent raser les murs, nos fachos doivent sentir le souffre, nos médias doivent oser mener des combats courageux contre les racismes mais aussi les haines calfeutrés par un discours pseudo-humaniste mais qui dégouline de haine féroce.

 

Les politiques doivent quitter le populisme qui gangrène l’Europe et les musulmans doivent réapprendre à sourire à la vie…La Belgique est une vieille dame, elle a peur, parfois aigri, rarement méchante, elle se pose des questions, ses nouveaux petits enfants qu’elles trouve turbulent, lui font peur, elle ne les comprend pas…Il serait peut-être temps que la vieille dame apprenne à ouvrir son cœur et son esprit, il serait aussi temps que ces petits-enfants apprennent son histoire et ses souffrances…car ces derniers ont beaucoup de choses à lui apporter, à eux d’avoir l’intelligence de cohabiter ou nous finirons tous comme des idiots, sur le bas de la route, loin de nos maisons et cherchant l’exil pour une terra incognita qui forcément nous rendra mélancolique, à moins que ça ne soit une quête pour un rêve impossible…que nous conte le plus grand poète du plat pays qui est le mien : Jacques Brel

 http://www.youtube.com/watch?v=vC7M0b7sS4M&feature=related

 

Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir où personne ne part

Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer, même trop, même mal,
Tenter, sans force et sans armure,
D'atteindre l'inaccessible étoile

Telle est ma quête,
Suivre l'étoile
Peu m'importent mes chances
Peu m'importe le temps
Ou ma désespérance
Et puis lutter toujours
Sans questions ni repos
Se damner
Pour l'or d'un mot d'amour
Je ne sais si je serai ce héros
Mais mon cœur serait tranquille
Et les villes s'éclabousseraient de bleu
Parce qu'un malheureux

Brûle encore, bien qu'ayant tout brûlé
Brûle encore, même trop, même mal
Pour atteindre à s'en écarteler
Pour atteindre l'inaccessible étoile.

 

 

 

     

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