HAITI, un fatalisme ?

Publié le par Mouedden

Haïti, un fatalisme ?


 

« N’exagérez pas mon influence, elle ne fut qu’une parmi d’autres. Mais la vie des colonisés d’Afrique, des victimes d’une féroce ségrégation aux Etats-Unis, ou des peuples Caribéens soumis, gardait à Haïti  toute sa charge symbolique : un peuple qui, seul contre tous, s’est libéré de l’esclavage. »

                                                                 Aimé Césaire, poète Martiniquais

Par Mouedden Mohsin

 

Depuis ce tremblement de terre ravageur qui fit s’écrouler Haïti, le monde s’interroge sur le fatalisme inhérent à ce pays comme si un peuple était condamné par avance par une malédiction qui le dépasserait. Haïti est broyé et la communauté internationale semble enfin se lever pour attester de l’existence d’un pays en proie au chaos depuis le 19ème siècle.


Haïti, terre peuplée par les tribus amérindiennes s'appelait anciennement « Hispaniola ». Elle sera dit-on « découverte » dans les manuels d’histoire par Christophe Colomb. Haïti partage  l’île avec la République Dominicaine, son voisin hispanique connu pour ses plages dorées. A l’Ouest de l’île, on trouve ce beau pays francophone qui hume l’air de...Cuba situé à quelques encablures.

 

Haïti est sinistré, l’aide internationale chaotique afflue et malgré la présence internationale, le pays n’est que ruine et désolation. On ne reviendra pas sur le cynisme de certains Etats préférant sauver d’abord leurs nationaux pour assez rapidement tourner les talons. Cela me donna la nausée et me rappela ce film poignant, rageant et terrible qu'est "Hôtel Rwanda" ou les soldats français et/ou de l'Onu ne sauvèrent que leurs nationaux, devant l'un des plus grands génocide de l'histoire de l'Humanité.  "Ils n'étaient que noirs". Pour beaucoup cela suffisait à vous condamner.


On ne reviendra pas sur les clichés diffusés ici et là sur nos antennes et la compassion indécente entreprise par les médias pour titiller notre fibre émotive au sein d’un espace prétendument "rationaliste" et de "bon sens", au moment ou Gaza est emprisonné et affamé par la volonté politique de ces mêmes Occidentaux…
paradoxe, cynisme, hypocrisie et surtout une vision racialisé pour ne pas dire raciste du monde...


Le drame d’Haïti n’est pas un accident, le séisme permet seulement aujourd’hui aux nations dites civilisés, pensent-elles de se racheter une mémoire à bon compte. Non, Haïti n’est pas une fatalité. Il n'est plus surprenant de constater combien certains médias/politiques/élites Occidentaux, "champions du monde" de la rationalité arrivent par des pirouettes à nous faire gober n’importe quoi. L’idée insidieuse serait de faire croire qu’un pays gouverné par des noirs ne rimerait qu’avec « chaos, misère et despotisme ».
Ainsi, on a soit l'image de l'exotisme, à savoir ce sont des "grands enfants", donc impossible de se gérer ou de la barbarie, à savoir des "sauvages" que nous devons éduquer, occuper et pourquoi pas administer et coloniser.

Haïti, on l'oublie trop souvent, c’est d’abord une résistance, une mémoire, une histoire et un pays assez rapidement mis sous embargo par les puissances coloniales de l’époque et ce dès…le début du 19ème siècle. Celui qui ne connaît l’histoire, ne peut comprendre le présent et doit s’attendre à revivre les affres du passé.


Le père poète de la « négritude » Aimé Césaire disait combien nous devions à Haïti.

Haïti a été le premier pays "esclave" au monde à gagner sa liberté et son indépendance, alors à l’époque sous colonisation française. Déjà par le passé, les esclaves se révolteront contre l’occupant, cela aboutira à l’abolition de l’esclavage en 1793 !

 

Toussaint Louverture, général d’armé noir sera nommé gouverneur par la France pour rétablir la paix civile sur l’île en débarquant les espagnols et les anglais.

Il ira plus loin en déclarant l’autonomie de l’île, ce qui lui vaudra de finir sa vie dans les prisons françaises…Mais, il était trop tard, l’histoire allait s’écrire.


Les esclaves de l’époque gagneront une bataille contre l’armée Napoléonienne et dès 1804, Haïti sera le premier pays esclavagiste à être totalement indépendant !

Une indépendance gagnée de haute lutte par des esclaves contre l’armée française, cela ne pouvait que lui attirer les foudres des empires Européens. Imaginez qu’avant la colonisation de l’Algérie en 1830 par les français, Haïti était déjà libre.


Bien évidemment, l’Occident et plus tard l’Amérique s’imposeront par ce que nous appelons aujourd’hui la néo-colonisation, le boycott comme Cuba l’a connu pendant un demi-siècle…


En lui fermant les portes du commerce, la France et beaucoup plus tard les Etats-Unis qui l’occuperont, plonge le pays dans la pauvreté et les luttes fratricides…jusqu’à ce terrible tremblement de terre. Bien sûr, il y a une responsabilité écrasante des dirigeants despotiques locaux, soutenu parfois par certaines de nos démocraties.

Par conséquent il serait totalement malhonnête de ne voir dans le drame d’Haïti qu’une certaine fatalité. Haïti aurait pu être un exemple de l’émancipation du peuple « noir » mélangé aux indigènes locaux…Haïti comme exemple pour tous les damnés de la terre…

En plus d’une défaite militaire sanglante qui étonnera le monde, il ne fallait surtout pas faire d’Haïti, un exemple…Non, Haïti, n’est pas une fatalité. Oui, Haïti a été lâchement trahi, comme hier les Irakiens avec l’embargo inique qui fit un million de mort que l’odieuse Madeleine Albright la secrétaire d’état américaine qualifiera de « prix à payer » ou encore aujourd’hui l’emprisonnement des Palestiniens au vu et au su de tous…

 

L’histoire ne nous a-t-elle donc rien appris, nous les Européens si dominateurs et si condescendant ? Ou ne sont-ils que des « nègres », comme en Palestine que des arabes ?

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