Le Maroc dans l'échiquier international !

Publié le par Mouedden

 

 "Stratégies politiques du Maroc dans l'échiquier international"

par Mouedden Mohsin

Beaucoup de nos concitoyens en Belgique d’origine marocaine se posent souvent les mêmes questions. Pourquoi le Maroc est-il derrière les Etats-Unis d’Amérique ? Comment se fait-il que l’Occident voit dans le Maroc, un des bons élèves du monde arabo-islamique ? Le Maroc semble également pour beaucoup très ambigu sur la question israélo-palestinienne en laissant une porte ouverte à Israël…

Quelles sont les stratégies politiques du Maroc ? Nous allons essayer d’y répondre de manière dépassionnée (et non scientifique).

Le Maroc est un « vieux » pays qui a une histoire riche, complexe ou à une période il a été un puissant empire (voir les 4 villes impériales : Marrakech, Fez, Meknes, Rabat) allant du Maroc actuel au Mali, en passant par la Mauritanie ou encore à une certaine période  l’Andalousie. Le Maroc depuis le début du 20ème siècle a fait le choix de « collaborer » avec les grandes puissances Occidentale en choisissant une politique étatique « protectionniste » et en même temps libérale (pour ne pas dire capitaliste) qui voyait dans les Etats-Unis un allié et un protecteur solide face à la menace du communisme et de l’URSS…

Cela s’explique pour ma part, par la volonté de la Monarchie qui était plutôt de type « tsariste » de réduire en miette les avancés socialisto-communistes, notamment avec les petits partis politiques post-indépendance, considérés comme une cinquième colonne (de Moscou) qui tout au long des années 50, 60 et surtout 70 tenteront d’impulser une politique de partage des « pouvoirs », des « ressources » et des « richesses » pour améliorer le sort du peuple marocain. Cette vision sociétale avait de quoi épouvanter la monarchie marocaine qui voyait dans les petits « Ché Guévariste marocain »,une menace non seulement pour la Royauté, mais également pour la dynastie Alaouite pour épouser celle d’une « République Socialiste du Maroc », sœur de la République algérienne, qui a l’époque avec Cuba était un des moteurs du socialisme flamboyant (pas étonnant de retrouver tous les indépendantistes du monde à…Alger).

C’est ainsi que le Maroc va dès l’indépendance estimer que ces mouvements « marxistes » seront l’ennemi principal du pays, quitte à mener une politique panarabe et islamique proche du wahhabisme.

Cette politique a eu comme effet de favoriser l’arabité et l’islamité, deux ciments de la nation pour écraser les revendications ethniques, tribales ou identitaires (rifains ou autres) toutes considérés par le pouvoir comme un danger pour la nation, là ou souvent ce n’était que des demandes « sociales » (amélioration des conditions de vies).

Pour limiter l’influence de ces mouvements politiques de gauche et d’extrême gauche, le pays va s’arrimer aux Etats-Unis d’Amérique qui à l’époque représentait le rempart contre la menace venu de Moscou... En outre, les liens du Maroc avec l’Oncle Sam sont solides. Le Maroc étant le premier pays… au monde à avoir reconnu l’indépendance des…Etats-Unis d’Amérique au 18ème siècle et cela les américains ne l’oublieront jamais !

Ceci explique en partie également le fait que les Etats-Unis ont souvent fait du Maroc, (plus qu’un pion ou un allié), une plaque tournante de l’histoire du monde : le débarquement en 1942 par les américains a été effectué à Casablanca (opération Torch qui signifiera le début de la fin de la France Pétainiste de Vichy au Maghreb), en plus du rôle central joué par la conférence de Casa Anfa en 1943 (par  le président américain Théodore Roosevelt et le premier Ministre britannique Winston Churchill) qui mettra un terme au nazisme en Europe (avec il est vrai la défaite des nazis à Stalingrad par les russes), en allant au dossier du Sahara marocain ou le Maroc a toujours su compter sur la compréhension de Washington…

On l’a encore vu récemment avec le dossier de l’îlot persil ou le Ministre espagnol de l’époque José Maria Aznar était prêt à en découdre (militairement) avec Rabat pour un caillou, avant que Georges Bush ne rappel à l’ordre Madrid qui semble toujours très pointilleux voir belliqueux, tant sur le dossier du Sahara marocain (à l’époque sous colonie espagnole) ou encore sur le dossier des deux enclaves espagnoles au Maroc, à savoir Melilla et Ceuta !

En poursuivant dans cette logique, on peut également comprendre les liens qui unissent le Maroc à Israël, non que le Maroc soit anti-palestinien, loin de là, même, le Roi Hassan II, président du Comité Al Qods a beaucoup fait pour le peuple palestinien, mais à la différence d’autres chefs d’états arabes pro-russe et par conséquent résolument anti-israélien, il n’a (à part quelques périodes) jamais totalement rompu avec Tel-Aviv.

 

Cela s’explique par l’histoire d’un Maroc proche des Etats-Unis, en soi un pragmatisme politique, mais plus encore, les juifs du Maroc ont façonné une identité juive propre au pays (que beaucoup ont oublié) mais qui a permis à Rabat de ne pas totalement considéré Israël comme un ennemi héréditaire…Les juifs marocains en Israël représentent un pourcentage très important en plus de l’attitude protectionniste du Roi Mohamed V qui refusa de livrer ses juifs marocains à l’occupant franco-nazi…

Le Maroc avait le choix après l’indépendance entre épouser les thèses socialisto-marxistes que certains pays arabo-islamiques ont épousé (l’Irak, l’Egypte, la Lybie, l’Algérie, …) ou poursuivre son « amourette » qui dure depuis bientôt 3 siècles avec Washington.

 

Le Maroc a-t-il aujourd’hui les moyens de s’affranchir de l’Oncle Sam (comme l’Arabie Saoudite ou les pétromonarchies qui tous ont décidé de jouer le jeu de la Maison blanche) ?

La chute du mur de Berlin pouvait le laisser penser, cependant la lutte « contre le terrorisme » semble avoir ressoudé de nouveau les liens entre Rabat et Washington ou les liens politiques et notamment sur la sensible question de la sécurité semble avoir déroulé le tapis rouge pour au moins deux décennies de collaboration…qui pourrait retarder l’éclosion d’une vraie démocratie tant la question de la sécurité semble ici mais aussi partout dans le monde être devenu l’alpha et l’oméga de la marche du monde…

 

Enfin, le Maroc reste un bon élève aux yeux des Occidentaux pour plusieurs raisons : une ouverture à la démocratie qui bégaie mais qui permet au pays de connaître une stabilité politique et économique avec un Makhzen fort. Le poids de l’islam (de rite malékite et imprégné de soufisme) géré par l’Etat et qui fait du Roi, le commandeur politique et religieux du pays est fait pour rassurer les capitales européennes les plus sourcilleuses ou la question de l’islam est devenu central. Enfin, le Maroc semble depuis une décennie être redevenu un pays ouvert (malgré l’un ou l’autre acte terroriste vite maitrisé) au tourisme et aux investisseurs, ce qui explique qu’il a souvent aux yeux de Washington et Bruxelles, un statut avancé (sur le plan économique et politique).

 

Rappelons-nous qu’au début des années 80, le Roi Hassan II avait officiellement introduit une demande pour que ce pays fasse partie de l’Union Européenne. Beaucoup avait ri à l’époque, mais cette demande ne semble pas si naïve que cela pour ceux qui savent qu’intérêt économique et politique va au-delà d’une simple frontière géographique (qui aujourd’hui sépare ce pays de l’Europe de 14 petits kilomètres…). On le voit clairement avec Israël, situé en Asie est qui prochainement risque de faire partie de l’Union européenne.

 

Que serait devenu le pays avec la réussite du putsch militaire des années 70 ou une révolution type « bolchevique » ou encore un partage des pouvoirs avec des formations politiques plus à gauche ?

 

Le Maroc n’aurait il pas sombré comme l’Algérie ou l’Irak ? Le choix de l’Oncle Sam ne démontre t’il pas toute l’intelligence et le pragmatisme politique de la dynastie Alaouite et du Roi Hassan II en particulier  ? Le Maroc 2010 existerait-il encore s'il avait fait le choix de Moscou ? Poser ces questions c’est peut-être déjà y répondre.

 

Une chose est sûre, le Maroc doit dans les années à venir modifier sa politique nationale (ce qu’il a déjà commencé à faire avec prochainement des régions autonomes… ?) en adoptant un système plus équitable pour mettre fin aux fléaux qui touche les pays en voie de développement : la pauvreté, la corruption et la prostitution.

 

Si ce pays aux multiples potentiels a démontré qu’il avait peut-être sur le plan international choisi le bon cheval (était-il possible de ne choisir ni Washington, ni Moscou ???) en la personne de Washington (puisque l’URSS n’est plus), il se doit aujourd’hui de faire une introspection salutaire afin que ses citoyens marocains (et non plus ses sujets)  puissent enfin jouir de ce qui est considéré par certains comme « le plus beau pays du monde ».

 

 

 

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