Les minorités belges, à civiliser ?

Publié le par Mouedden

Les minorités belges, à civiliser ?


Mouedden Mohsin, chroniqueur au journal du Mardi et militant anti-raciste

Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l'État colonial

 

Une évidence s’impose, notre pays malgré ses multiples aspects positifs et sa faculté prodigieuse à trouver un compromis acceptable pour « tous », reste lorsqu’il s’agit des minorités non issues des trois piliers de l’Etat (catholique, libéral, socialiste) encore fortement à la traîne. Ne faudrait-il pas plutôt lutter contre les causes profondes d’un clivage sociologique inquiétant, plutôt que de se focaliser sur les peurs ? Les inégalités criantes, les discriminations avérées et un racisme parfois lancinant sont les véritables fléaux à expurger de tout pays. C’est un défi à relever afin de faire de tous les Belges, des composantes incontournables de notre culture et de notre pays.


Nous constatons à l’évidence que le focus grossissant des faits répréhensibles et insupportables (délinquance) est amalgamé à une communauté et à une religion. Cela participe à la même logique du bouc émissaire que nous avons connu tout au long du 20ème siècle avec les Juifs « comploteurs, bolcheviques ou capitalistes », les  Tziganes, « la lie de l’humanité », les Polonais, « catholiques et donc inintégrables», les Italiens, « trop étranges avec leurs mœurs religieuses », et aujourd’hui Arabes, Turcs et Musulmans, demain, peut-être les Chinois. Ne soyons pas tentés par un agenda caché et/ou la paresse intellectuelle en essentialisant l’autre.


Que penserions-nous si les « allochtones » estimaient que les Belges de souche sont « génétiquement » prédisposés à la pédophilie ? Ce serait bien évidemment inadmissible, pourtant, le Ministre Marc Verwilghen, « chevalier  blanc » de la commission Dutroux n’hésita pas à commanditer une enquête en 2000 pour savoir si les jeunes « allochtones » étaient criminogènes, en soi une insulte à ces communautés et à l’intelligence humaine.

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Notre pays a parfois la mémoire courte, on devrait se souvenir que les Belges francophones et les Français avaient des réflexes presque similaires à l’égard des Flamands, considérés comme : « idiots », « buveurs », « bagarreurs » et « simplets », des « ch’tis avant l’heure » venus travailler en Wallonie et au nord de la France dans les charbonnages de « Germinal ». On voit aujourd’hui une Flandre dynamique et une Wallonie émoussée.


Cependant les préjugés que nous portons ne deviennent totalement paralysants qu’à partir du moment où ils sont accompagnés de toute une série d’inégalités versant dans la discrimination.


Ainsi, depuis 10 ans, l’enquête Européenne PISA sur l’enseignement de la Communauté Française, place notre pays en bas de liste. La majorité écrasante des élèves en échec vient des classes populaires et notamment des minorités ethniques et religieuses les plus défavorisées. En soi, un triple handicap : social – ethnique – religieux difficile à surmonter. Le refus de la mixité scolaire par une partie de la société dominante plonge ces populations dans le déterminisme social. Idem en ce qui concerne l’embauche et l’emploi, liés notamment  à un dysfonctionnement structurel, à des discriminations avéréesl et à une volonté d’engager d’abord et surtout les «bleus blancs belges ». A diplôme équivalent et pour l’image de la société, Jacques sera toujours favorisé sur Mohamed.


Idem en ce qui concerne le refus de loger ses populations dans des logements décents, situés dans des quartiers plus multiculturels ou « Belges de souche » sous prétexte que l’arrivée de ces populations provoqueraient inéluctablement le départ des autochtones et ferait fondre le marché locatif…

Pourquoi les tenants d’une ligne caricaturale et dangereuse ne se focalise t’il pas plutôt sur les causes ? Est-ce une ignorance ? Nous en doutons. Est-ce la volonté de simplifier pour créer deux camps binaires ? Où n’est-ce en définitive qu’une façon de déverser son racisme dit « acceptable » via des analyses mensongères ? 


La conséquence de toutes  ces « littératures » nauséabondes qu’elles soient d’extrême droite ou non, poussent certains à passer à l’acte physique en Belgique. Récemment en Allemagne, avec l’assassinat par un jeune raciste, d’une musulmane Egyptienne portant un foulard et enceinte de plusieurs mois,  dans un tribunal de Dresde au mois de juillet 2009. Cet acte criminel n’a soulevé aucun tollé, tant en Allemagne qu’en Europe. Aucune réaction des incendiaires belges. Au lieu de condamner ceux qui tiennent un discours d’exclusion, nous préférons exclure celles qui ne désirent qu’étudier, travailler et vivre dignement.  Le monde à l’envers.


Après les préjugés, première phase de délégitimation, après les discriminations et le racisme, vient ce que j’appelle, la troisième phase, celle de pousser les populations ostracisées et minoritaires à adhérer de facto, à nos valeurs via une assimilation déguisée. Des valeurs ici, interprétées de manière rétrograde et intégriste. L’ultime stade étant comme vous le savez, celui du passage à l’acte physique.


Nous n’avons pas encore fait le deuil d’une maladie profondément ancrée au sein de notre psyché qui depuis le 18ème siècle nous ronge et mène le monde vers les conflits : à savoir, dominer et civiliser (exploiter) les prétendus « sauvages », hier l’Africain nu  qu’il fallait habiller, alors qu’aujourd’hui le nu est mis en valeur, s’installant du camping à la pub. L’aborigène qu’il fallait déraciner de son milieux familial pour lui inculquer nos valeurs, les Amérindiens assimilés ou annihilés ou encore les peuples colonisés à qui nous devions transmettre les « bienfaits » de notre Civilisation Occidentale.

Sans rentrer dans la repentance stérile, force est de constater que les spasmes actuels sont des stigmates du passé que nous n’avons pas soignés. Notre regard sur l’autre n’a pas beaucoup évolué, nous continuons à nous persuader de penser le bien pour l’autre, nous continuons à établir des échelles de valeurs où forcément l’autre serait inférieur, en soi la pyramide « raciale » des philosophes des Lumières. Nous portons un regard fermé, d’une violence inouïe sur ce qui nous différencie. On n’imagine pas les dégâts causés sur des êtres sans cesse questionnés, interrogés et renvoyés à une étrangeté ou pire à une menace. C’est nerveusement lourd à supporter.


Nous devons construire un front de résistance, avec les laïcs, les athées et les gens de bonne foi pour contrer les nouveaux prophètes de la peur et leurs théories dangereuses et abrutissantes. Ils appartiennent au passé, car on ne construit pas une société forte et dynamique sur les peurs et les mensonges. Place à Barack Obama et à son discours historique du Caire pour une nouvelle ère, celle de l’espérance !

le discours du CAIRE :
http://www.lesechos.fr/info/inter/300353123-le-discours-de-barack-obama-au-caire-texte-et-video-.htm

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