Marre de la stigmatisation

Publié le par Mouedden

Cette carte blanche a été refusé par le journal le Soir faute de place...
Elle a également été envoyé à la Libre Belgique avec quelques modifications.
A ce jour aucune nouvelle.
Si je comprend qu'il n'est pas nécessairement facile de trouver une place à tous, il est quand même surprenant de voir trop souvent les cartes blanches d'un certain populiste qui surfe sur l'islamophobie être à chaque fois publié dans le Soir et la Libre.
Ceci devait être dit.
Bonne lecture.
Mohsin



Carte blanche pour le « Soir » : Marre de la stigmatisation !!!

Mouedden Mohsin, chroniqueur au journal du Mardi 
Samira Benallal, Présidente ASBL Declick
Abdelmajid Mhauchi, enseignant,
Le Cercle des Etudiants Arabo-Européens

Nous avons particulièrement apprécié l’édito critique, juste et pertinent du journal le « Soir » du 4 février, intitulé « Lettre ouverte à nos hommes politiques ». Il synthétise ce que nous pensons. Cependant et devant l’escalade verbale de certains « experts » et « progressistes » visant une communauté en particulier, nous voulons tordre le coup à des idées largement répandues.

La délinquance et la violence urbaine touche d’abord et en priorité les citoyens belges d’origines nord-africaines et les plus précarisés vivant dans ces quartiers populaires. La sécurité est un bien commun précieux et chacun y a droit. Par conséquent, les habitants de ces quartiers paupérisés y sont largement demandeurs mais pas à n’importe quel prix. Ensuite, il serait faux et malhonnête de penser que ces quartiers ne sont que violences et délinquances. Il y a en leur sein, une formidable dynamique populaire et solidaire qui fait de ces quartiers, aussi des endroits où il y fait parfois bon vivre.

Nous estimons également que la « solution » répressive ne réglera aucunement la situation. Pire, elle engendrera comme aux Etats-Unis, l’augmentation de l’insécurité et d’une société encore plus violente, d’autant plus lorsque nous savons que certaines de nos prisons sont des lieux d’apprentissage pour le banditisme et/ou le crime. Ni impunité, ni excès de zèle, mais une justice efficace, rapide et juste. Nous sommes aussi lassés et consternés de voir le facteur ethnique et cultuel sans cesse rabâché.

Les jeunes en ruptures ne sont ni les Ambassadeurs de la Belgique, ni du Maroc ou de l’Islam, ni du Maghreb, sauf à penser, pour surfer sur le populisme abject qu’un Marc Dutroux, parce que belge de souche et athée ou judéo-chrétien représenterait notre pays ou une idéologie/croyance. C’est bien évidemment idiot et malhonnête. Dès lors, pourquoi le faire avec les jeunes ? Pense t’on réellement que cette population est criminogène ? Adopter cette posture, c’est pour notre part attiser la haine. Ces discours dangereux et irresponsables sont dans la droite ligne de l’extrême droite et du parti populiste.

Se focaliser sur les conséquences en les ethnicisant tout en omettant les causes profondes, est intellectuellement d’une extrême malhonnêteté. En 1997, une jeune fille belge « entre guillemets » (terme emprunté à Anne Marie Lizin), remportait le prix de la Bruxelloise de l’année (Vlan). Cette année là (1996), le pays vécu la marche blanche. Nous pensions que notre pays avait enfin dans un moment d’immense douleur, fait le pari de considérer cette jeunesse, sienne.

La suite nous donnera tort. Des crimes racistes eurent lieu à Schaerbeek et à Anvers en 2002 et 2006. Plus proche de nous, l’affaire Van Holsbeeck provoqua un profond malaise chez les belges « Nord-africains » et « arabo-musulmans », invités à dénoncer « leurs jeunes ». Nous le disons dans toutes les langues. Nous en avons marre d’être stigmatisés. C’est insupportable.

L’idée d’opposer flamands et francophones sur la question sécuritaire nous semble également dangereuse. Communautariser un événement/phénomène est toujours dangereux. Il faut rassembler au lieu d’opposer. Construire au lieu de détruire. La complexité de notre pays mérite mieux que des analyses tronquées et binaires. Nous pensons également que les solutions miracles à la délinquance n’existent pas. Penser résoudre la délinquance par la tolérance zéro est un leurre. Voulons-nous une société Américanisée ?
Par contre, nous sommes persuadés que ce sont les politiques dites « sociales » et « éducatives » (écoles, logements, culturels, jeunesse, …) qui permettront à notre ville, à notre société et aux jeunes de se respecter. Avouons aussi que les politiques préventives et répressives menées depuis les émeutes de 1991 à Bruxelles par les différents pouvoirs politiques n’ont pas amélioré la situation. Ceci est dû notamment à des politiques clientélistes où l’objectif sécuritaire pour faire du chiffre a toujours eu la priorité sur un véritable projet de ville citoyen ! Nous le regrettons amèrement.

Des solutions non miraculeuses existent, mais qui veut bien nous écouter ? Ainsi, en marginalisant les acteurs associatifs apolitiques, le politique a privé ces quartiers de forces vives dynamiques. Inutile de revenir sur un enseignement des plus inégalitaires et sur les discriminations qui démoralisent les citoyens que nous sommes.

Enfin, si nous sommes pour le respect d’une police plus en phase avec la sociologie de la ville qui est garante d’un état de droit, force est de constater que les multiples bavures impunies, n’aide en rien la cohésion sociale. En outre, le manque de financement de Bruxelles ne suffit pas à expliquer l’échec d’une politique structurelle qui a cours depuis la création de la Région Bruxelloise et ce malgré la rénovation urbaine entreprise.

Cependant, l’espérance est bien là, grâce au dialogue fécond, à la sagesse des citoyens et parce que quotidiennement des initiatives locales altruistes sont impulsées comme celle qui aura lieu le 14 février à Cureghem pour les sinistrés de Liège. Enfin, les médias à l’influence considérable, doivent aussi se focaliser sur les actions positives. Là où certains détruisent, d’autres plus nombreux, mais loin des phares médiatiques et politiques construisent… Cette jeunesse belge sans guillemets fait déjà la Belgique d’aujourd’hui. Elle le fera encore plus demain.

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